Un tour de force vient de se jouer à Caracas dans la matinée du 3 janvier dernier. La frappe de cibles militaires et la capture du mandataire vénézuélien et de son épouse par les États-Unis, si rondement menée au nom de la politique anti-drogue qu’elle laisserait supposer l’existence d’un arrangement ou d’une filtration préalable, condense tout d’un coup l’atmosphère d’une époque et renvoie à la longue série d’interventions ayant marqué à chaud l’histoire du continent américain. Comme aux prémices de la politique hémisphérique énoncée au milieu du XIXe siècle par les États-Unis, la canonnière de l’un cède le pas à l’empiétement impérial de l’autre, « pax trumpicana » aidant, le droit international restant apostrophé sur l’autel des rapports de force.
Un tel geste rédempteur, lancé suite à l’épuisement des moyens de pression appliqués sur le Venezuela, laisse cependant le pays à la croisée des chemins. Le jour d’après est-il celui d’une implosion, d’un changement de régime et d’une transition démocratique, ou bien d’un durcissement de son appareil ? Les conséquences de la manœuvre tactique du 3 janvier font déjà apparaître d’énormes contradictions et incitent inévitablement la communauté internationale à tenter de discerner les vraies ambitions stratégiques à l’origine de l’initiative. Ce brouillage des finalités est précisément un nœud gordien du conflit, l’inscrivant pleinement dans la physionomie de la guerre moderne.
Le décryptage que nous fournissons ici suggère que l’avenir proche du Venezuela ne pourra que difficilement coïncider avec une transition négociée vers la démocratie, ou avec la substitution du régime actuel par un régime plus modéré à des fins de stabilisation, incluant le cas échéant l’évincement de la présence russe-chinoise et du trafic de stupéfiants. Même si elles pèsent dans la balance, les réserves pétrolières de Caracas ne constituent pas un centre de gravité significatif du conflit. Le but stratégique se situe surtout dans la volonté de plonger le Venezuela dans un état de crise, de maintenir son statut d’appendice de Cuba et de Washington, et éventuellement de l’encastrer dans un dispositif de gouvernance en contexte d’urgence1, tels qu’ils sont expérimentés actuellement à Gaza2 et en Ukraine3.
Pour comprendre cette situation en profondeur, il est nécessaire de se replacer dans la trame conflictuelle qui caractérise le Venezuela et l’aire sud-américaine. Son interprétation est à maints égards contre-intuitive, essentiellement en raison du manque de grilles de lecture adéquates et de l’épaisseur des stratégies déployées dans le domaine perceptif et informationnel. L’exercice appelle donc à la fois une rigueur et un renversement des modes d’interprétation habituels.
Coup à la tête et durcissement
Le coup porté à la tête du Venezuela, après presque trois décennies de confrontation et de rodomontades d’une intensité inédite avec Washington, semble marquer la fin d’une époque. À l’heure d’écrire ces lignes, il n’y a cependant ni changement de régime, ni insurrection massive, ni effondrement d’un appareil politico-militaire ayant entraîné sa société dans les bas-fonds du despotisme durant deux décennies. Au contraire même. Tandis que le pays est quadrillé militairement, la vice-présidente, Delcy Rodríguez, aussitôt confirmée dans sa fonction intérimaire et soupçonnée4 au passage de collaborer avec l’intelligence nord-américaine ainsi que d’être mêlée au trafic stupéfiant5, a décrété un état d’exception6 dont les termes étaient déjà préparés en septembre 20257 en réplique à l’opération Southern Spear8 des États-Unis. Il autorise notamment la poursuite des individus ayant supposément collaboré9 à l’expédition punitive sur le sol vénézuélien. La nouvelle présidente est secondée par son frère Jorge Rodríguez, actuel président de l’Assemblée nationale, tous deux ayant été des piliers historiques du régime chaviste. Tout en exhibant rhétoriquement l’inviolabilité du mandat du chef d’État capturé et en exigeant sa restitution physique, les nouvelles autorités viennent néanmoins de s’engager dans une transition qui prend acte de son absence. Ces positionnements ont recueilli tant l’adhésion de l’armée vénézuélienne10 que de Washington11.
En arrière-plan, l’opposition politique au madurisme, incarnée dans les figures de María Corina Machado et Edmundo González, est pour l’instant écartée de toute responsabilité dans la transition et a recueilli un traitement ambigu de la part des États-Unis. Enfin, l’accord d’exportation de pétrole brut12, qui vient d’être annoncé par Donald Trump, remet au premier plan l’arrière-pensée géoéconomique des États-Unis et ne manque pas d’envoyer un signal perturbateur au marché de l’énergie. L’initiative se heurte néanmoins à de colossaux obstacles industriels13 et financiers14, qui ramènent tous au final à la sclérose de la société vénézuélienne pour redynamiser son activité économique.
Sur le plan intérieur, force est donc de constater que l’acéphalie du pays inaugure, tout au moins durant ces tous premiers jours, un cycle de concessions relatives, de durcissement consensuel du régime et d’attribution de facultés exceptionnelles, justifiées par la crise. Au niveau régional et international, les alliances telles que l’Organisation des États américains (OEA) ou la Communauté d’États latino-américains et Caraïbes (CELAC) s’égarent dans de vagues déclarations sur le droit international et se montrent divisées15, une bonne partie des gouvernements du continent, et y compris les populations16, soutenant ouvertement l’intervention et la capture de Nicolás Maduro. Quant à la Chine et la Russie, menaces hémisphériques pour certains, contrepoids multipolaire pour d’autres du fait notamment de la provision effective d’armement, leur rôle se réduit pour le moment à celui de spectateur.
La nature politique et géopolitique du Venezuela
Le retour sur la nature politique du Venezuela fournit un éclairage indispensable pour saisir la teneur de ce qui vient de se dérouler entre Caracas et Washington.
Le pays bolivarien émerge comme un pôle contestataire des États-Unis avec l’apparition de Hugo Chávez et de son mouvement national-socialiste à partir de l’année 1992. De 1970 à 1990, le pays a essuyé les plâtres du tournant néolibéral, dont la vocation de vassalisation et d’offensive économique a été bien retranscrite par des auteurs comme John Perkins17 ou Mehrsa Baradaran18. L’insurrection du Caracazo, en 1989, marque une commotion sociale importante, à partir de laquelle Hugo Chávez tentera en vain de prendre le pouvoir par deux coups d’État. Il entame alors une relation fusionnelle avec La Havane qui se trouve dos au mur sur le plan économique et recherche un substitut à l’allié soviétique. En 1998, Fidel Castro épaule la campagne électorale du leader bolivarien en fournissant des effectifs de l’intelligence cubaine. La CIA19 apporte également un soutien à la campagne en appuyant le camp chaviste.
La victoire électorale de Hugo Chávez et du mouvement Movimiento Quinta República va ensuite entériner l’infiltration intégrale de l’État vénézuélien par Cuba sous le couvert d’une démarche d’intégration binationale. L’industrie pétrolière, le système social et éducatif, les services de renseignement, les forces armées, les organismes décentralisés et les industries publiques sont tour à tour infiltrés, derrière le vernis institutionnel d’une prestation multisectorielle de services, pour déboucher au final sur une sorte d’unité politico-administrative entre les deux nations. Cette réalité a été bien décrite par les auteurs vénézuéliens de l’opus La invasión consentida20. Cet ancrage structurel permettra à La Havane de disposer d’un système de financement permanent et d’approvisionnement gratuit en pétrole jusqu’à ce jour.
En 2002, la classe politique et la bourgeoisie vénézuélienne s’opposent à l’ingérence. Un putsch contre Hugo Chávez échoue en avril de la même année, suivie d’une grève de l’industrie pétrolière. Washington est engagé d’un côté pour saper la légitimité de Hugo Chávez par l’entremise d’une vaste guerre par le milieu social, conduite à l’échelle internationale21. De l’autre, les intelligences cubaine et américaine ont prévenu la garde prétorienne du dirigeant de la manœuvre22. À partir de 2004, la coopération entre le Venezuela et Cuba repart de plus belle, tandis que le pays s’enfonce dans une croisade autoritaire et la déliquescence économique23. Nicolás Maduro, formé à La Havane durant les années 1980, prend le relai au palais présidentiel de Miraflores en 2013 et poursuit la coopération avec Cuba. La crise migratoire atteint son apex en 201724, tandis que l’économie noire, soutenue sur le narcotrafic, le crime organisé et le contournement des sanctions économiques, maintient à flot l’appareil militarisé. L’action de political warfare a continué d’être appliquée sur le pays, toujours dans l’optique de diaboliser le régime chaviste et maduriste, tandis que les intelligences nord-américaine et cubaine ont fomenté le statu quo en promouvant des figures d’opposition politique barrant la route à l’émergence de ruptures réelles au chavisme. La dernière figure en date est celle de María Corina Machado, auréolée dans maints think tanks occidentaux et ayant facilité l’agenda programmatique du madurisme25.
La tête de pont cubaine
Cuba est une clé de voûte essentielle dans l’échiquier américain. Après les États-Unis, l’île est la seconde puissance du continent en matière d’action interventionniste. Depuis l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir en 1959, elle a pratiqué des ingérences dans vingt et une nations sud-américaines, moyennant des expéditions militaires directes, la guerre politique et économique, la formation de cadres politiques et militaires, la fourniture d’armes ou l’appui protéiforme aux démarches d’insurrection.
Cuba a développé cet agenda en s’appuyant sur le parapluie informationnel fourni par la Guerre froide et sur son allié soviétique. Mais son rôle de perturbateur a été surtout conçu sous la houlette principale des États-Unis, en particulier dans la haute sphère du Council on Foreign Relations et de la CIA. Ce faisant, La Havane est devenue ce qu’il convient d’appeler un allié ambigu de Washington, construite par étapes en menace communiste hémisphérique, dans le but de brouiller tout lien incestueux entre les deux puissances et d’occuper le terrain idéologique du communisme au niveau continental. Fidel Castro a dès le départ été recruté26 par l’intelligence nord-américaine, par l’entremise de la United Fruit Company, implantée dans toute l’Amérique centrale. Il fit ses gammes en République dominicaine et en Colombie en 1948, avec la crise du Bogotazo, fomentée en coulisses par les nouveaux services extérieurs de Washington (CIA). Son rôle fut d’abord de planter le décor du spectre socialiste en Colombie, avant d’étendre à l’échelle régionale une stratégie de déstabilisation, appuyée à la fois par l’Union soviétique et par Washington. Le bilan de ce grand dessein géopolitique a été d’opérer sur le continent un véritable remodelage, non directement associable à l’agenda unilatéral des États-Unis, et conduisant au parasitage, voire à la destruction contrôlée, des appareils politiques et économiques des sociétés latino-américaines.
Le développement de l’économie de la drogue, d’abord avec l’Étasunien Paul Helliwell et avec le dictateur cubain Fulgencio Batista dans les années 1950 et 1960, devient organique autour de Cuba pour financer clandestinement cet agenda non conventionnel. La formation des cartels de Guadalajara, puis celui de Sinaloa, fut sponsorisée par la CIA27, tandis que les fonds alimentaient un agenda para-étatique venant consolider la stratégie de la tension mentionnée juste avant. Cuba, et dans une moindre mesure le Venezuela, s’insérèrent ainsi comme une voie d’entrée principale de la drogue vers les États-Unis, notamment par l’axe constitué entre les deux ports de Mariel et de Miami, entre lesquels le montant annuel des échanges illicites est évalué aujourd’hui à approximativement 400 milliards de dollars. En surface, l’agenda de lutte contre la drogue aura doublement permis aux États-Unis de masquer cette économie noire et de déguiser des formes d’ingérence dans les pays cibles, comme ce fut le cas avec le Plan Colombie initié en 1999.
Durant ces deux dernières décennies, le binôme La Havane-Caracas a scellé une stratégie de la tension, projetée à l’échelle régionale de manière à se substituer à l’ancien étau bipolaire de la Guerre froide. Le pôle de dissidence anti-américain, incarné désormais dans le castro-chavisme, permit à ce dernier de s’immiscer dans l’agenda des pays sud-américains en instrumentalisant les réticences et la recherche d’autonomie nationale qui se formaient spontanément à la périphérie de l’hyperpuissance nord-américaine. Le cycle géopolitique dit « progressiste » qui débuta dans les années 2000 en fut une manifestation directe. Elle permit aussi de forcer le rapprochement des pays inquiétés par la menace du « socialisme tropical » vers l’orbite des États-Unis, ceux-ci étant poussés à négocier des traités de libre-échange et à s’aligner sur le cadre normatif de la démocratie libérale.
Les évidences d’une mise en scène
Un grand nombre d’éléments observés autour des événements du 3 janvier 2026 ramènent à cette trame kafkaïenne de la conflictualité américaine.
Le premier élément relève du caractère à la fois théâtral et caricatural de l’expédition du 3 janvier 2026. Dans la matinée du même jour, les hélicoptères des forces spéciales nord-américaines pénètrent sans encombres dans le ciel de Caracas, sans que les systèmes de détection et l’armement portatif de défense antiaérienne, largement préparés et plébiscités par l’armée dans la phase antérieure d’escalade, n’aient été activés et exploités. Les défenses de courte, moyenne et longue portée ont été neutralisées sur décision, non par destruction cinétique28. Des frappes ont cependant bien été signalées sur certaines structures militaires et de communication29, engendrant un total de 80 victimes fatales selon le bilan officiel30 du gouvernement vénézuélien. Quelques heures plus tard, le chef d’État capturé apparaît sur des images générées artificiellement dans quatre tenues vestimentaires différentes. Plus en amont, en septembre 2025, la séquence de destruction d’une embarcation de pêche suspectée de transporter de la drogue a été signalée par des analystes et par les institutions vénézuéliennes comme relevant de l’imagerie artificielle31. L’absence d’affrontement au sol ou de mouvement de troupes dans l’urgence, alors qu’ils l’ont été aussitôt une fois l’état d’exception déclaré, s’ajoute à ce tableau. On notera que les victimes officiellement déclarées dans l’assaut de la sécurité rapprochée de Nicolás Maduro étaient essentiellement cubaines.
Le second élément a trait à l’exploitation à plein régime de l’opération sur le plan communicationnel. D’un côté, le premier mandataire étasunien publie en ligne la séquence des hélicoptères et des frappes nocturnes sur fond musical de Fortunate Song32 (et de la Macarena33), plaçant l’auditeur directement dans le choc de l’action et dans l’atmosphère bipolaire de la Guerre froide. De l’autre, des images insipides de bâtiment civil et de véhicules détruits sont viralisées, sans indications particulières sur leur contexte et leur authenticité34. Les séquences montrant les regroupements spontanés de Vénézuéliens fêtant la chute de Nicolás Maduro se sont avérées en grande partie reprises de faits antérieurs35. Dans la foulée, le mandataire étasunien est monté à la tribune pour faire l’éloge de la mission accomplie des États-Unis et le conditionnement à venir du gouvernement vénézuélien, tout en dissolvant la complexité de la situation stratégique dans un opprobre ultra-volontariste. Il est utile de noter qu’une campagne d’influence lui a aussitôt embrayé le pas en annonçant un virage offensif des États-Unis vers le Groenland, l’Iran, la Russie et la Chine.
Enfin, un autre élément a trait à la démarche judiciaire visant Nicolás Maduro. Tout procès d’un chef d’État étranger impliquerait de faire face à une quantité d’obligations et d’obstacles juridiques susceptibles de paralyser la démarche judiciaire, sans compter le problème soulevé par la guerre juridique extraterritoriale et la chasse sélective des élites politiques outre-mer. Dans ce sens, il est raisonnable de s’attendre à une dilatation du processus judiciaire, tout en assistant à la mise en scène régulière d’éléments médiatiques alimentant la controverse sur le narcotrafic et la guerre juridique exercée à des fins politiques.
Perspectives
Prédire le cours des événements est toujours un exercice risqué. La matrice stratégique que nous venons de mettre en lumière aide cependant à appréhender les directions vers lesquelles le système actuel est susceptible de se mouvoir.
L’entrisme de longue date de Cuba dans l’infrastructure politico-économique du Venezuela, ainsi que l’articulation intime des hauts dirigeants de La Havane avec l’intelligence nord-américaine, tend à écarter la version d’une opération étasunienne réalisée exclusivement en externe, même soutenue par certains points d’appui au sein des élites vénézuéliennes, notamment par la vice-présidente Delcy Rodríguez. À supposer qu’il y ait eu trahison interne dans le cadre d’un gouvernement pourtant décidé à faire bloc contre toute intromission nord-américaine, il eût été logique d’observer sur le terrain la mise en marche des dispositifs de défense antiaérienne ainsi que de nombreux mouvements physiques au sol, même chaotiques et dispersés. Un brouillage perceptif de cet aspect contradictoire est déjà à l’œuvre, moyennant la divulgation qu’une mission spéciale de la CIA36 aurait supposément préparé le montage de l’expédition sur le terrain, et plus largement par la compartimentation de la plupart des analyses sur le renseignement nord-américain, cubain et vénézuélien.
Sauf à voir un revirement complet de politique extérieure vis-à-vis de Cuba – ce que Donald Trump a susurré dans des communications avec la presse, rien n’indique pour le moment qu’un virage soit entamé avec son partenaire historique dont la présence reste structurelle pour les États-Unis dans le cadre de sa grande stratégie continentale. Le fait que l’approvisionnement énergétique de Cuba se soit diversifié, le Mexique étant devenu (officiellement) son premier fournisseur depuis 2025, fait partie des variables secondaires expliquant comment La Havane s’accommode déjà momentanément des réformes pétrolières annoncées en surface. L’île n’en demeure pas moins très mal en point économiquement.
L’agenda en marche reste celui de la déstabilisation. L’extraction de Nicolás Maduro a fourni le prétexte pour impulser un resserrement du régime vénézuélien et amorcer une nouvelle phase de contrôle de l’infrastructure nationale. Les réserves pétrolières comptent dans cette infrastructure, mais celles-ci ne constituent pas, dans l’état actuel de l’édifice industriel, un véritable filon économique. L’opportunité économique, qui ne peut qu’exister qu’avec de la stabilité et des investissements massifs, est en dernier recours conditionnée à la modernisation de l’armature institutionnelle du pays, laquelle ne figure pas, jusqu’à preuve du contraire, à l’ordre du jour37.
Le ou les régimes à venir devront laisser transparaître en surface une évolution de leur agenda programmatique afin de s’aligner sur les critères de Washington et fixer les aspirations sociales dans leur demande de renouvellement du leadership bolivarien. En poursuivant la désagrégation du pays, cette déstabilisation provoquée pourra éventuellement déboucher sur une forme d’internationalisation de la gouvernance du Venezuela, modalité qui est précisément en train d’être expérimentée en Ukraine et à Gaza. En substance, les États faillis suite à des situations de crises ou de guerre, sont susceptibles d’être insérés dans une architecture d’administration et de reconstruction dans laquelle l’ensemble des flux est contrôlé par de nouveaux arbitres38 échappant aux prérogatives classiquement définies dans la souveraineté nationale. D’une certaine manière, c’est déjà le cas avec Cuba qui interfère directement dans l’ensemble de l’appareil bolivarien. Une telle perspective n’est pas incompatible avec le remplacement des autorités actuelles du Venezuela par d’autres, y compris par la voie électorale, en tenant compte du fait que le système national de vote électronique est tenu par Cuba et a été mis plusieurs fois au service de l’arbitraire.
Enfin, il importe de souligner que l’une des caractéristiques principales de cette dynamique conflictuelle est qu’elle travaille à dissocier en permanence la strate des buts stratégiques réels, des objectifs affichés par les belligérants et de l’action tactique et opérationnelle. Si ce découplage n’est pas vraiment nouveau en soi, l’énergie investie dans le champ immatériel pour tromper les perceptions et bloquer l’accès à la profondeur stratégique du rapport de force constitue une démarche belligène essentielle. Pour l’écrasante majorité des élites latino-américaines et européennes, l’étanchéité entre les entités nationales et les velléités entre elles, ainsi qu’avec des acteurs irréguliers tels que les réseaux criminels, sont encore un postulat indélogeable. Le terrain sud-américain démontre le cas contraire. Il suffit pour s’en convaincre d’observer le cas du Venezuela.
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- Les Nations Unies évaluent à huit millions les émigrants vénézuéliens en 2025.
- Notamment sur la loi de désarmement et de contrôle de munitions ratifiée en 2013.
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- https://thegrayzone.com/2026/01/05/indictment-maduro-cia-network-witness/
- À noter que des réformes légales ont été annoncées. https://www.elnacional.com/2026/01/jorge-rodriguez-plantea-reforma-del-marco-juridico-venezolano/
- The Architecture of Emergency https://substack.com/home/post/p-183335140






