La guerre d’Iran a débuté le 28 février 2026 par des frappes militaires sur le pays perse. Le début de l’affrontement intervient six semaines après une période d’agitation en Iran, marquée par des manifestations et des répressions du régime, au cours desquelles des milliers de civils ont été tués, ce qui permit en contrepartie à l’administration nord-américaine de galvaniser une attitude interventionniste. En parallèle des négociations tenues à Oman avant les hostilités, Washington procédait au plus important déploiement militaire dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003.
En amont, la guerre des Douze Jours, lancée en juin 2025 par Israël en ricochet à l’opération Déluge al-Aqsa du 7 octobre 2023, avait constitué un précédent démontrant l’épaisseur de la dimension informationnelle et cognitive de la guerre. L’épisode de mars 2026 s’inscrit dans cette même logique. Il se déploie même essentiellement dans la dimension cognitive, au point ne peut plus pouvoir être appréhendé par les mêmes référentiels conceptuels et de laisser entrevoir une toute autre armature stratégique.
Introduction
L’opération Epic Fury a été lancée le 28 février 2026 par les forces américaines et israéliennes moyennant une série de frappes coordonnées sur les sites nucléaires, les infrastructures militaires et les hauts dirigeants du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC). Elle a abouti rapidement à la suppression du guide suprême iranien Ali Khamenei, puis à l’étranglement du détroit d’Ormuz par des frappes de drones et une dissuasion suffisamment forte pour que les assureurs maritimes cessent de couvrir le passage et que le trafic commercial s’effondre, passant de 120 navires journaliers à une vingtaine de navires. Plus de 30 000 vols aériens ont été annulés durant la première semaine d’hostilités, tandis que les marchés mondiaux de l’énergie et de l’alimentation sont en train de vasciller. À l’heure d’écrire ces lignes, les premières restrictions à la consommation de l’énergie viennent d’être appliquées en Thaïlande et au Vietnam1.
Un tel tableau n’est pas sans faire écho au contexte de la Guerre du Kippour d’octobre 1973 et à son prolongement dans la première déflagration énergétique de la même année. Si les conséquences de la guerre d’Iran présentent des similitudes avec ce précédent historique, la nature des manœuvres en amont et la physionomie du conflit actuel dénotent cependant une physionomie pour le moins atypique et contradictoire.
Dissonances
Le discours officiel des États-Unis2 a présenté officiellement l’action militaire en Iran comme une réponse requise face à l’agressivité de Téhéran et à ses ambitions nucléaires, rehaussée par la situation de répression interne. Même s’il a été mis en en cause par les secteurs foncièrement sceptiques vis-à-vis du tempérament impérial des États-Unis, ce positionnement, a constitué un premier levier cognitif visant à légitimer la réponse à la menace identifiée.
Cette démarche fait cependant dissonance avec toute une série d’éléments, mis en place avant le lancement de l’offensive et pendant sa mise en œuvre. Parmi elles, citons les contrats d’armement établis en amont par l’Agence de coopération pour la sécurité et la défense (DSCA) avec les pays du Golfe3, l’agenda de différents promoteurs immobiliers dans la sous-région, ainsi que les documents d’urbanisme formalisés en Israël et dans les pays du Golfe quelques mois plus tôt. D’autres éléments plus immédiats viennent renforcer ces contrastes. Le jour du déclenchement des hostilités, l’avion présidentiel israélien « Wing of Zion », pointé pour réaliser une manœuvre d’évacuation des autorités de l’État hébreux, survola la côte israélienne4 durant quatre heures avant de poursuivre son vol vers la Grèce, alors même que les missiles iraniens frappaient Haïfa et Tel-Aviv. Dans la même veine, des aéronefs américains de ravitaillement en vol, les KC-135 et KC-46, ont effectué – et continuent à effectuer systématiquement à l’heure de boucler cet article – des missions systématiques au-dessus de l’espace maritime israélien5, pendant que Tel-Aviv est pilonnée. Enfin, comment interpréter le fait que six personnes disposant d’informations privilégiées6, selon les enquêteurs, ont remporté 1,2 million de dollars sur Polymarket en pariant sur le moment exact de l’attaque américaine ?
Si ces différents événements peuvent être interprétés comme des anomalies ou des contradictions marginales dans le contexte toujours plus ou moins chaotique d’une guerre, nous verrons ci-dessous qu’ils ont trait à la véritable ossature du conflit.
Images de guerre
Du côté des matériaux multimédias diffusés sur les réseaux de communication, force est de constater que de nombreuses images de bombardement ont tendu à verser davantage dans le registre du burlesque et de la science-fiction que de la véritable image de guerre et du chaos qui en découle. Diverses séquences montrent en effet des bombardements apocalyptiques de milieux urbains7, laissant transparaître un recours aux techniques d’effets spéciaux, et en creux une préoccupation minimale pour doter ces matériaux d’un rendu réaliste. Les scènes de secours suivant les phases de bombardement en Israël rapportent des comportements étonnamment pondérés et rationnels, contrastant avec les scènes de crises similaires à Gaza ou ailleurs. On notera que les principaux canaux médiatiques ont occasionnellement repris ces images, sans afficher de questionnements particuliers sur la véracité des contenus et la démarche de va-t-en-guerre des belligérants.
Plusieurs de ces matériaux affichent des éléments en décalage avec la phase d’affrontement actuelle. L’oxydation du béton visible dans les décombres, les véhicules rouillés ou encore la végétation germant sur les ruines8 sont autant d’indices révélant des clichés repris d’épisodes antérieurs, sans que des corrections visuelles n’aient été appliquées. On remarquera aussi que les webcams qui filment en continu différents points de la zone9 ont souvent témoigné l’absence de corrélation entre les mouvements réels au sol ou dans l’espace aérien et l’instant où les frappes de missiles étaient annoncées. À ce titre, l’un des éléments qui se combine de manière consistante avec la chronologie des frappes aériennes est paradoxalement la présence des aéronefs de l’armée de l’air américaine10 dans l’espace aérien d’Israël.
S’il reste bien entendu difficile d’établir une proportion quantitative entre les contenus médiatiques altérés et les images réelles, la très forte présence d’éléments modifiés et artificialisés dans les flux informationnels est d’ores et déjà un trait distinctif du conflit en cours.
L’économie de l’armement
L’agenda du secteur de l’armement illustre une démarche offensive planifiée avant le début des hostilités. Un mois avant les premières frappes de fin février 2026, l’Agence nord-américaine de coopération pour la sécurité et la défense (DSCA) avait communiqué au Congrès11 une fourniture militaire à l’Arabie saoudite (pour un montant de 9 milliards de dollars), la vente incluant 730 missiles intercepteurs Patriot PAC-3 MSE fournis principalement par Lockheed Martin. Le Koweït lui emboîta le pas avec l’achat de systèmes Patriot pour un montant de 800 millions de dollars12.
L’amorce de la Guerre d’Iran fit aussitôt grimper les marchés financiers de l’armement. Raytheon Technologies Corporation (RTX), Lockheed et Northrop Grumman Corporation firent un bond de plus de 6 % le 2 mars dernier13, amenant le secteur de la défense à une progression de 12 % à l’issue de la première semaine de combat14. Pour mémoire, les fonds iShares U.S. Aerospace et Defense ETF avaient enregistré une hausse de 35 % lors des frappes de juin 202515, l’actionnariat de Lockheed et Northrop Grumman Corporation ayant progressé depuis la même date de plus de 40 %.
Le 4 mars 2026, le Pentagone a sollicité un supplément de 50 milliards de dollars16, en sus de l’enveloppe budgétaire existante de près de 900 milliards de dollars dédiée à la défense17.
L’antagonisme iranien
La nature de l’antagonisme établi entre l’Iran et États-Unis depuis plus de quatre décennies est essentielle à resituer, d’autant plus que cette rivalité constitue la pierre angulaire de la guerre cognitive déployée dans la sous-région.
L’hostilité entre Téhéran, Tel-Aviv et Washington va crescendo depuis l’année 1979. Elle est rhétoriquement bruyante, violente et continue, mais s’avère paradoxalement modérée sur les terrains où l’objectif belliqueux pourrait obtenir le plus d’impact. Dans les faits, l’Iran et Israël n’ont pas mené d’affrontement régulier durant les quatre dernières décennies. Le choc des volontés s’est matérialisé dans des combats par proxy interposé, des assassinats sélectifs, des cyberattaques et des tirs de missiles, sans chercher à endommager les infrastructures susceptibles de provoquer un effondrement de part et d’autre. En l’occurrence, l’Iran n’a jamais touché l’infrastructure d’approvisionnement en eau, le réseau électrique ou l’architecture financière d’Israël. En face, Tel-Aviv n’a pas œuvré au renversement politique de la République islamique, quand bien même dispose-t-elle de la capacité d’entrisme et de renseignement pour l’entreprendre. Quant aux États-Unis, ils ont maintenu des communications secrètes avec Téhéran tout au long de ces quatre décennies, y compris pendant la crise des otages de 1979 et 198118, l’affaire Iran-Contra19, les négociations nucléaires successives et le conflit actuel. La CIA et le Mossad ont entretenu des relations documentées avec des éléments de l’État iranien, sur fond de montée en puissance de la Garde révolutionnaire et de l’establishment israélien à mesure de l’escalade conflictuelle.
En surface, tout se passe donc comme si Téhéran, Tel-Aviv et Washington partageaient un intérêt mutuel pour un conflit dont la résolution était perpétuellement tenue à distance. Le premier fait appel au rival israélien pour justifier ses dépenses militaires et la répression intérieure. Le second s’appuie sur la menace existentielle iranienne pour étendre ses colonies, gouverner par l’urgence et dépendre de l’aide américaine. Le troisième, enfin, instrumentalise l’instabilité régionale pour justifier ses bases militaires régionales, ses ventes d’armes et sa présence navale, l’ensemble contribuant au maintien de la préséance étasunienne sur les marchés de l’énergie. À ce titre, les années 2025 et 2026 ont constitué un élargissement de la fenêtre de transformation stimulée par la confrontation, du fait notamment que le littoral gazaoui est désormais en situation d’être intégré comme corridor de la Nouvelle Route de la Soie20.
Un bref détour par l’histoire longue est nécessaire pour comprendre cette logique de vases communicants entre des parties s’affichant comme ennemis. Le pays perse a très tôt constitué une entité géopolitique placée sous influence tout d’abord de l’empire romain au moment des conquêtes d’Alexandre le Grand vers – 330 av. J.-C., puis plus tard sous celle de l’establishment britannique et du conglomérat global qui prolongea l’emprise romaine jusqu’à la période actuelle dans une logique couverte et dissimulée. Le centre décisionnel de cette matrice transnationale, dont l’oblitération constitue sans doute l’impensé stratégique principal de notre époque, a été situé au sein de l’establishment anglosaxon. Ce dernier a en effet été le pivot historique de la constitution de la Nouvelle Troie, dont le pouvoir primait sur Rome, la première n’ayant jamais cessé d’être la capitale effective de l’empire romain, dès la fondation de Britannia par Brutus en – 1200 av. J.-C., y compris quand Rome fut officiellement instituée comme la capitale romaine en – 750 av. J.-C. N’en déplaise à l’historien René Grousset, l’« empire au Milieu » de l’Asie n’est pas une unité quasi immuable, demeurée indélogeable face à l’Empire romain, puis à Byzance (ou Empire romain d’Orient) et à l’Empire ottoman. Il a très tôt constitué un allié paradoxal de Rome, de même que l’Empire ottoman, dont les rapports de force effectifs, mais administrés et limités, ont escamoté l’inféodation sous-jacente.
Au XXe siècle, la vassalisation des élites iraniennes a débouché à plusieurs reprises sur la reconfiguration du régime du pays perse et à sa consolidation comme un proxy régional. En 1953, le shah Mohammad Mossadegh fut destitué conformément aux plans de l’establishment britannique, lequel travailla ensuite à l’ascension du leader islamique Rouhollah Khomeini dans l’optique de radicaliser le pays perse et de bâtir un pôle contestataire anti-occidental dans la droite ligne d’un schéma dialectique. La mise en place d’une telle stratégie de la tension répondit à l’objectif d’enclencher une phase active de transformation de la sous-région, moyennant la fabrication et l’exploitation du conflit.
Si une telle trajectoire n’est pas explicitée dans l’historiographie, elle est pourtant bel et bien présente à l’état d’évidences investigables et reconstituables, et se trouve partiellement retranscrite par l’auteur perse, Hamad Subani, dans son opus The Secret History of Iran21. En tant que proxy négatif du conglomérat global piloté par les élites britanniques, les dirigeants iraniens sont actuellement encadrés par le Strategic Council on Foreign Relations of Iran22 (SCFR), dont la perméabilité avec le Royal Institute for International Affairs (Chatham House), basé à Londres, est vérifiée.
La Guerre des Douze jours
La Guerre des Douze jours de juin 2025 a mis en évidence une telle trame cognitive et dialectique. Après l’étape d’affrontement militaire, Israël avait affirmé avoir décimé les infrastructures nucléaires et militaires iraniennes, ce qui vient juste d’être démenti par l’Iran qui se montre capable de lancer de nouvelles offensives à travers tout le Golfe persique. Soit les frappes sur l’Iran furent effectivement beaucoup moins efficaces qu’il ne fut annoncé et les infrastructures se reconstituèrent à une vitesse remarquable. Soit enfin les frappes sur l’Iran furent calibrées dans l’optique d’écorner son infrastructure et de ne pas affecter sa capacité militaire, dans la visée ultime de préserver l’hostilité sous-jacente.
La seconde hypothèse tend à être confirmée par le zonage géographique des frappes qui furent visées sur le sol israélien durant la séquence de juin 2025. Leur géolocalisation est en effet étonnamment corrélée à l’emplacement des projets de renouvellement urbain23. Dans la grande majorité des cas, les sites affectés furent des édifices évacués et marqués pour démolition dans le cadre de démarches de rénovation urbaine. En l’occurrence, les projets TAMA 38 et Pinui-Binui24 planifiaient de détruire les logements anciens et de les substituer par des bâtiments neufs à plus forte densité. Ces initiatives étaient restées au point mort pendant des années à Tel-Aviv, à Ramat Gan, à Haïfa et à Kiryat Bialik, notamment en raison de la résistance des communautés locales, des demandes judiciaires et des blocages administratifs. Or les bombardements de juin 2025 ont permis de lever totalement ce verrou.
Concrètement, lors de la Guerre des Douze jours, les frappes ont touché notamment un complexe résidentiel à Ramat Gan25 d’environ 15 immeubles et 125 appartements, engagés dans un plan urbain. Trois bâtiments ont été complètement détruits, tandis que quatre autres ont été rasés par les autorités municipales pour des raisons de sécurité. À Bat Yam, les zones touchées26 coïncident presque exactement avec le schéma d’aménagement municipal le long du corridor du métro M327, dont le projet resta paralysé pendant des années par les résistances sociales. De fait, les photos des décombres laissent entrevoir le marquage visuel utilisé pour signaler les zones à démolir28.
Ailleurs, la frappe contre la raffinerie pétrolière de Haïfa dissolut l’impasse politique qui freinait la fermeture de l’usine de Bazan29 et conditionnait le réaménagement du front de mer souhaité depuis quelques années. Plusieurs mois avant les frappes de juin 2025, Tel-Aviv avait modifié le cadre légal de l’aménagement urbain30 pour permettre aux promoteurs immobiliers de reconstruire les structures endommagées31 avec des droits de construction élargis, esquivant ainsi les restrictions habituelles en matière de zonage. Ratifiée après la guerre, la « Loi pour la réhabilitation des dommages de guerre à travers la rénovation urbaine32 » a ainsi accéléré l’urbanisation, en court-circuitant l’approbation requise par les comités de planification districtaux. Cette même démarche a été accompagnée par la mise en place d’un cadre d’indemnisation, comprenant le financement à la construction par le Fonds fiscal immobilier, des allocations journalières, des subventions d’entre 5 000 à 20 000 dollars attribuées par des ONGs américaines, ainsi que des mesures de soutien aux entreprises33.
Les frappes de mars 2026
Les frappes effectuées en mars 2026 suivent manifestement, et en partie, la même logique. À Dubaï, des frappes de drone iranien Shahed ont touché des dizaines de projets résidentiels de luxe situés près de Fairmont The Palm34 sur la zone de Palm Jumeirah. Un corridor de réaménagement de trois kilomètres entre Burj Al Arab et Kite Beach avait déjà été approuvé, prévoyant d’ajouter 30 % d’extension de la plage et de nouveaux terrains constructibles35. À Manama, les frappes iraniennes ont touché des immeubles résidentiels36, près du quartier général de la cinquième flotte de la Marine américaine, précisément où se trouve implanté le projet Marina de Bahreïn (avoisinant une valeur de 530 millions de dollars37).
Le 1er mars 2026, d’autres drones iraniens ont touché la piste de la base britannique Royal Air Force Akrotiri38 à Chypre, cette base constituant le pivot opérationnel des missions nord-américaines et israéliennes dans la région. La frappe a eu pour conséquence d’entraîner officiellement le Royaume-Uni dans la guerre. Son impact a néanmoins causé des dégâts mineurs à la piste qui se trouvait en phase de démolition dans le cadre d’un programme d’aménagement39 (comprenant un nouveau terminal, des bâtiments de fret, des écoles, des équipements médicaux et plus de 800 logements pour les familles des militaires, avec en parallèle un réagencement des zones civiles environnantes40).
Au Liban, les opérations se sont déroulées de manière plus théâtrale. Metula, la ville la plus septentrionale d’Israël, est pratiquement vide depuis octobre 2023. Lorsque le Hezbollah amorça son offensive en 2024 par le franchissement de la frontière41, environ 60 000 Israéliens avaient alors été évacués des communautés situées au nord. Avec 1 500 habitants et son statut de quasi péninsule encastrée dans le Liban, Metula avait été complètement vidée, ce qui fit dire à un correspondant de National Public Radio en mars 2024 que la localité restait effectivement « extrêmement calme, sans habitants et totalement vide42 ». En novembre 2024, plus de la moitié des bâtiments furent détruits ou gravement endommagés par les tirs du Hezbollah qui avait en réalité bombardé une ville fantôme pendant plus d’un an.
Dans l’épisode de 2026 en cours, de nouveaux bombardements ont visé ces derniers jours la vallée d’Elah à Israël43, abritant d’importantes réserves de pétrole de schiste. Il est à noter que le pilonnage devrait probablement résoudre le blocage de l’exploitation de ces réserves suite à la restriction initiale établie pour alimenter en eau les territoires palestiniens.
Le choc énergétique
Dans ce panorama, l’impact énergétique tend à s’inscrire comme un effet escompté du conflit. Le détroit d’Ormuz44 écoule environ 20 millions de barils de pétrole par jour et traite environ un cinquième45 du commerce mondial de gaz naturel liquéfié, provenant principalement du champ North Field au Qatar. Après le ciblage des complexes de Ras Laffan et Mesaieed46 par des drones iraniens, Goldman Sachs a estimé que cette rupture affecterait à court terme presque 20 % de l’approvisionnement mondial en gaz liquéfié.
La montée des cours est en marche, tandis que les tarifs d’affrètement des pétroliers ont dépassé les 400 000 dollars par jour (ce tarif ayant rarement dépassé les 100 000 dollars journaliers ces dernières années). Les infrastructures nord-américaines de gaz naturel liquéfiée fonctionnent presque à pleine capacité, la flambée des prix bénéficiant aux producteurs américains et rendant le gaz de schiste américain plus rentable.
Du côté de la Chine et de la Russie, le prix du pétrole russe de l’Oural a grimpé autour de 60 dollars alors qu’il était confiné à 40 dollars le baril en décembre 2025, sous l’effet des sanctions occidentales inhérentes à la guerre en Ukraine. Le conflit iranien annonce donc un sursis financier à la Russie, au moment même où la pression occidentale avait fait chuter ses revenus énergétiques à leur niveau le plus bas depuis quatre ans. Quant à Pékin, rappelons qu’environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes partent vers les ports chinois47 et que plus de 80 % de son pétrole brut transite par le détroit d’Ormuz48. La pression est donc en train de s’exercer en grande partie sur l’Asie et l’industrie chinoise.
Envoi
Dans ce contexte, il reste peu d’éléments pour douter de la volonté tripartite de fabrication et d’instrumentalisation du conflit. Dans ce sens, il peut être tentant de conclure que l’un des objectifs des belligérants est d’avancer dans la mise en place d’une architecture économique régionale, en particulier dans la création d’un corridor reliant le Golfe persique, Israël, Gaza et les marchés européens49, susceptible de contourner l’infrastructure bâtie par Pékin. La Bande de Gaza a en effet été écrasée et remodelée50 pour devenir une plaque tournante logistique dans le cadre d’une rivalité géoéconomique qui participe également à la guerre cognitive chapeautant toutes les autres manœuvres sur la zone. Comme nous l’avons souligné, l’Iran est avant tout un partenaire de ce projet, comme il est d’ailleurs simultanément un partenaire structurel de la Chine, empruntant de manière circonstancielle l’habit de l’ennemi occidental afin de dissimuler la volonté de recomposition de la sous-région et l’onde de choc énergétique propagée actuellement au niveau mondial.
Sur le plan cognitif, la rivalité avec l’Iran repose sur une perception faussée de la nature du pays perse et sur une compartimentation réifiée des rapports de force. Ce double mécanisme forme une action « d’obturation », permettant de détourner le sens de la transformation de l’infrastructure territoriale et la finalité stratégique poursuivie sur les aires concernées. L’endiguement cognitif permet ainsi de mettre la crise énergétique et alimentaire qui s’amorce sur le compte du conflit et de l’étranglement du détroit d’Ormuz, alors qu’il s’agit d’une finalité recherchée par tous les belligérants. Dans la même veine, le comportement contradictoire des ravitailleurs aériens américains mentionnées plus haut, rend tout à fait plausible l’hypothèse que les bombardements sur Israël et d’autres sites du Golfe ne soient pas seulement effectués par l’armée iranienne, mais aussi par les forces israéliennes et américaines.
La rivalité avec la Chine constitue un autre maillon structurel de cette architecture cognitive. La surface médiatique, de même que l’immense majorité de la pensée stratégique produite depuis plusieurs décennies, projette sur Pékin la montée inéluctable d’un rival existentiel pour les États-Unis et l’Occident, ainsi qu’un candidat pour l’hégémonie mondiale au XXIe siècle. Sa puissance en essor est tangible et indiscutable. Mais de même que pour l’Iran, la Chine n’est pas un véritable opposant à l’agenda poursuivi par les États-Unis et participe, par le truchement d’un schéma dialectique, au même projet transnational et pluriséculaire dont le centre décisionnel est situé au sein de l’establishment britannique. Le partenariat de revers avec l’Iran, l’absence de réaction consistante de Pékin face aux agressions infligées au Venezuela en janvier 2026, et maintenant en Iran, fournissent des preuves tactiques à ce postulat.
Le tableau géostratégique qui émerge n’est donc pas celui de deux pôles de puissance chinois et états-unien, développant une compétition acérée dans toute la profondeur géostratégique. Certains domaines de friction se dégagent, certes, là aussi modérés et administrés, mais sur fond d’une trame géopolitique unifiée qui travaille au brouillage permanent de son dessein par une compartimentation de ses opérateurs stratégiques (Chine, États-Unis, Europe, Israël, Inde, etc.) et par l’instrumentalisation du conflit. Pour le meilleur et pour le pire, la Guerre d’Iran est en train d’offrir une démonstration magistrale de cette architecture.
- Vietnam urges people to work from home to save fuel as Iran war disrupts supplies https://www.reuters.com/business/energy/vietnam-urges-people-work-home-save-fuel-iran-war-disrupts-supplies-2026-03-10/?taid=69afbccb5670740001588909
- Briefing du Secrétaire à la Défense Pete Hegseth et de l’Amiral Brad Cooper sur la guerre en Iran — 5 mars 2026 https://www.youtube.com/watch?v=k2GNwq8h-x4
Conférence de presse de Pete Hegseth https://www.youtube.com/watch?v=wcsx6mmTZdQ
- Le 30 janvier 2026, soit un mois avant la guerre d’Iran, l’agence DSCA a informé le Congrès d’une possible vente militaire à l’étranger d’une valeur de 9 milliards de dollars à l’Arabie saoudite: 730 missiles intercepteurs Patriot PAC-3 MSE, Lockheed Martin étant le principal contractant.
- The « Wing of Zion » circled off the Israeli coastline for four hours while Iranian missiles struck Haifa and Tel Aviv https://greece.news-pravda.com/en/greece/2026/03/01/6739.html
https://pbs.twimg.com/media/HCRVd7IWAAEcCCi?format=jpg&name=large - https://x.com/MorganC000/status/2029386750070505937
- Suspected insiders make over $1.2 million on Polymarket by betting on U.S.’s Iran strike https://www.coindesk.com/markets/2026/02/28/suspected-insiders-make-over-usd1-2-million-on-polymarket-ahead-of-u-s-strike-on-iran
- https://video.twimg.com/ext_tw_video/2028525052170575873/pu/vid/avc1/720×1280/egFTx-InMMPXo1SQ.mp4
- https://video.twimg.com/ext_tw_video/2031575937800630272/pu/vid/avc1/1276×720/oQtkmwG0cYXNohXq.mp4
- Par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=4E-iFtUM2kk
https://www.youtube.com/watch?v=ioCIe127o0A
https://www.youtube.com/watch?v=gmtlJ_m2r5A - https://video.twimg.com/amplify_video/2031096834731474944/vid/avc1/296×640/iZ62Oqab8AsG24qf.mp4
- Kingdom of Saudi Arabia – PATRIOT Advanced Capability-3 Missile Segment Enhancement Missiles https://www.dsca.mil/Press-Media/Major-Arms-Sales/Article-Display/Article/4394629/kingdom-of-saudi-arabia-patriot-advanced-capability-3-missile-segment-enhanceme
- US approves potential $9 billion sale of Patriot missiles to Saudi Arabia https://www.reuters.com/business/aerospace-defense/us-approves-potential-9-billion-sale-patriot-missiles-saudi-arabia-2026-01-31/
- RTX Stock Soars 7% Following U.S.-Israeli Military Action Against Iran https://parameter.io/rtx-stock-soars-7-following-u-s-israeli-military-action-against-iran/
- ibid
- Defense Stocks Surged After the Iran Strikes. Here’s Exactly Who Gained https://govfacts.org/policy-security/military/defense-budget-spending/defense-stocks-surged-after-the-iran-strikes-heres-exactly-who-gained/
- Trump Pentagon Prepares $50B War Funding Request After Iran Strikes Drain Weapons https://thetonymichaels.substack.com/p/trump-pentagon-prepares-50b-war-funding
- US Defence Spending 2025–26: Full Budget Breakdown, Facts & Global Impact https://warfarenews.org/us-defence-spending-2025-26/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_des_otages_am%C3%A9ricains_en_Iran
- We Never Touched Bottom with Iran/Contra https://mileswmathis.com/beirut.pdf
- Ruins to Routes https://morganc000.substack.com/p/ruins-to-routes
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- Upcoming changes to urban renewal plan have developers racing to finish building https://www.timesofisrael.com/upcoming-changes-to-urban-renewal-plan-has-developers-racing-to-finish-building/
- Iran missile damage near Tel Aviv still haunts Israel’s rebuilding strategy https://www.calcalistech.com/ctechnews/article/rjnpglsdwg
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https://pbs.twimg.com/media/HC1Q-KZWEAE-obj?format=jpg&name=medium - https://en.wikipedia.org/wiki/June_2025_Israeli_strikes_on_Iran
- War and rehabilitation: Urban redevelopment as Israel’s next step https://www.jpost.com/opinion/article-860341
- Iranian missile hits Holon housing slated for demolition https://en.globes.co.il/en/article-iranian-missile-hits-holon-housing-slated-for-demolition-1001513319
- Iranian missile damage outpaces reconstruction as Israel’s rebuilding efforts advance slowly https://www.calcalistech.com/ctechnews/article/bkxmq3mtzx
- Lights, Camera, Iran https://morganc000.substack.com/p/lights-camera-iran
- https://en.wikipedia.org/wiki/2026_Iranian_strikes_on_the_United_Arab_Emirates
- 8 huge megaprojects that will change the face of Dubai https://whatson.ae/2026/02/megaprojects-that-will-change-the-face-of-dubai/
- Multiple Arab states that host US assets targeted in Iran retaliation https://www.aljazeera.com/news/2026/2/28/multiple-gulf-arab-states-that-host-us-assets-targeted-in-iran-retaliation
- Bahrain Marina Project Phase One Kicks Off https://www.cityscape-events.com/bahrain/en/content-and-features/industry-insights/industry-impacts/bahrain-marina-project-phase-one-kicks.html
- https://en.wikipedia.org/wiki/RAF_Akrotiri
- Investing in Cyprus’ Future https://rafa.org.uk/blog/2025/03/12/investing-in-cyprus-future/
- Updated framework for British Bases includes tourism, energy, zoning proposals https://cyprus-mail.com/2025/05/14/updated-framework-for-british-bases-includes-tourism-energy-zoning-proposals/
- Updated framework for British Bases includes tourism, energy, zoning proposals https://www.nytimes.com/2024/09/18/world/middleeast/israel-exploding-pagers-hezbollah.html
- In Northern Israel, a deserted town bears witness to a different war https://www.npr.org/2024/03/24/1240533933/postcard-from-israel-s-north
- Beneath the Valley of David and Goliath https://morganc000.substack.com/p/beneath-the-valley-of-david-and-goliath
- https://en.wikipedia.org/wiki/2026_Strait_of_Hormuz_crisis
- US-Iran conflict: Strait of Hormuz crisis reshapes global oil markets https://www.kpler.com/blog/us-iran-conflict-strait-of-hormuz-crisis-reshapes-global-oil-markets
- Middle East war sends natural gas prices soaring, raising growth shock risk for Europe and Asia https://www.cnbc.com/2026/03/03/middle-east-war-gas-energy-lng-drone-qatar-strait-hormuz-price-shock.html
- Iran-US tensions: What would blocking Strait of Hormuz mean for oil, LNG? https://www.aljazeera.com/news/2026/2/22/iran-us-tensions-what-would-blocking-strait-of-hormuz-mean-for-oil-lng
- The 2026 Strait of Hormuz crisis and the anatomy of a global energy shock https://archive.ph/Jvm2q
- The India-Middle East-Europe Economic Corridor (IMEC) https://www.atlanticcouncil.org/wp-content/uploads/2025/08/The-India-Middle-East-Europe-Economic-Corridor-Connectivity-in-an-era-of-geopolitical-uncertainty.pdf
- Ruins To Routes https://morganc000.substack.com/p/ruins-to-routes








