Texte élaboré dans le cadre du XIII Congrès sur les relations internationales – Argentine (25, 26 et 27 novembre 2026)
Introduction
De nombreux observateurs suivent avec attention ce qui a été qualifié, depuis le début du XXIe siècle, de déclin relatif de l’hégémonie occidentale et d’avènement d’un monde multipolaire1. Il est indéniable que la suprématie consolidée au cours des cinq derniers siècles par les promoteurs de l’ordre capitaliste libéral a changé de configuration. Les notions telles que le « monde post-occidental2 », « l’ordre mondial en transition3 », le « non-alignement4 » ou encore le « régionalisme post-hégémonique »5 témoignent de cette évolution dans le milieu universitaire depuis deux décennies. En Amérique latine, cette évolution tend à être interprétée comme une reformulation de la Pax americana, en phase avec d’autres dynamiques du pouvoir6 et marque le point de départ d’un nouveau cycle géopolitique.
Cette perspective conceptuelle, cependant, bien qu’elle prenne en compte différents phénomènes liés à l’évolution de la mondialisation et à celle de la matrice du pouvoir mondial, n’intègre pas – du moins jusqu’à ce jour – d’autres bases factuelles essentielles liées à un trait fondamental dans la genèse historique du continent : celle de la conflictualité dialectique. Ce mode conflictuel, pour le définir pour l’instant schématiquement, renvoie à la confrontation orchestrée entre les puissances par une même superstructure de pouvoir, dans le but de modeler subrepticement un espace géopolitique et de dissimuler l’unité programmatique sous-jacente. Ce registre conflictuel est un champ stratégique fondamental dans l’histoire régionale et mondiale. Son expression à l’échelle continentale renvoie, entre autres éléments, à un art de la guerre consistant à « diviser pour régner », c’est-à-dire à des formes d’instrumentalisation du conflit mises en œuvre depuis la conquête espagnole jusqu’aux indépendances au début du XIXe siècle7 et au-delà.
Une étude plus approfondie du contexte historique et géopolitique à l’échelle continentale et mondiale met en lumière le déploiement de ce schéma dialectique dans l’hémisphère américain au cours des cinq derniers siècles et à l’heure actuelle. À l’issue de cette lecture élargie, le cadre d’interprétation s’étend considérablement et renouvelle tant la perspective historique que la nature des dynamiques géopolitiques contemporaines. Le panorama qui en ressort met moins en évidence une transition post-hégémonique ou multipolaire du pouvoir qu’une nouvelle convergence unipolaire, cristallisée dans le jeu pseudo-antagoniste entre la Chine et les États-Unis.
La nature politique de la Chine
La trajectoire chinoise constitue un premier point de repère déterminant dans cette réflexion, car elle illustre de manière emblématique la structure que nous venons d’évoquer. Depuis les années 1990, l’essor de ce pays asiatique a entraîné un déplacement du centre de gravité géopolitique vers l’Asie et a transformé le visage de la mondialisation en devenant une plateforme industrielle dans tous les domaines technologiques et économiques8. Cette insertion dans les premières puissances mondiales est tangible dans de nombreux domaines. Elle marque un avant et un après en Amérique latine en termes de présence commerciale, financière et stratégique, Pékin étant devenu le deuxième partenaire commercial du sous-continent vers 20109. La Chine apparaît donc désormais comme un acteur émergent, mais aussi comme un concurrent capable de remettre en cause l’ordre international dicté depuis 1945 par les États-Unis.
Les rouages et la genèse historique du géant asiatique révèlent toutefois une réalité bien différente. Sur le plan politique, la création de la première République de Chine en 1912 est indissociable du renversement de sa dynastie impériale, orchestré par la Grande-Bretagne et par d’autres puissances européennes. La Chine est en effet devenue en 1911 une nation subordonnée à l’establishment européen, et en particulier aux élites britanniques. Cette subordination, inhérente à la naissance de la première République de Chine, a été dissimulée, y compris au sein même de la société chinoise, et s’est transformée en une stratégie dialectique s’articulant autour d’une double logique. D’une part, elle a mis en place des frictions plus ou moins superficielles avec les rivaux occidentaux, d’autre part, elle a promu un alignement structurel de l’appareil chinois sur l’agenda britannique.
Plus précisément, la création de la première base républicaine en Chine a été précipitée par le renversement de la dynastie Qing, en 1911, par les Triades10. Celles-ci, ainsi que d’autres organisations criminelles telles que les Hakkas, se sont constituées au cours du XIXe siècle en tant que bras paramilitaire de la Grande-Bretagne et instrument de distribution d’opiacés orchestré par l’ancien Premier ministre britannique Henry John Temple (ou Lord Palmerston), descendant des hautes dynasties britanniques. L’objectif de cette ingénierie subversive, dissimulée sous le voile idéologique du libre-échange11, était de saper l’unité traditionnelle de la Chine par le biais d’une dépendance à grande échelle à la drogue. Le commerce stupéfiant avait débuté en Chine vers 1715, parallèlement à une pression militaire exercée ensuite avec le soutien de la France sur les ports chinois au cours du XIXe siècle. Le dirigeant Sun Yat-sen, qui faisait partie des Triades et avait été formé par les Britanniques James Cantlie et Patrick Manson12, prit la tête du mouvement visant à renverser la dynastie Qing et posa les bases de la République de Chine en 1912, dont les racines idéologiques sont ramifiées à Londres.
Plus tard, en 1921, les personnalités politiques Chen Duxiu, Zhang Shenfu et Li Dazhao fondèrent le Parti communiste chinois sous l’influence de certaines figures de proue du Komintern et du Britannique Bertrand Russell13, descendant de la lignée dynastique des Médicis. Ce dernier était adepte de la philosophie dialectique que Moses Hess avait transmise à Karl Marx et Friedrich Engels. Il fut également le mentor de Mao Zedong et de Zhou Enlai à l’université de Yale de Pékin14. Cette approche dialectique visa à créer des pôles de pouvoir antagonistes en Chine, dont la confrontation permettait de créer des tensions au sein du pays, de le reconfigurer et d’escamoter l’architecture de subordination dans laquelle il était étreint. La persistance actuelle de ce même schéma dialectique tend à indiquer que les élites chinoises15 restent pleinement intégrées dans les cercles décisionnels de Londres et de Washington.
En pratique, le réseau institutionnel qui relie aujourd’hui la Chine à Londres et à Washington fournit d’autres preuves de cette dépendance structurelle. Cinq organisations chinoises servent de relais pour diriger politiquement l’« Empire du Milieu » et encadrer ses élites. L’Institut populaire chinois des relations étrangères (CPIFA16), l’Association chinoise pour les contacts internationaux amicaux (CAIFC17), l’Institut d’études internationales de Shanghai (SIIS18), et l’Académie chinoise des sciences sociales (CASS19) se chargent de la formation et de l’encadrement des élites chinoises, sous la supervision de deux entités anglo-américaines : l’Institut Royal des Affaires Internationales (RIIA ou Chatham House20) à Londres et le Conseil de Relations Étrangères (CFR21) aux États-Unis. Le CPIFA, créé en 1949, est l’organisation la plus hiérarchique en Chine. Elle se présente publiquement comme un outil du ministère des Affaires étrangères et forme des experts universitaires, des responsables politiques et des personnalités diplomatiques de premier plan, ainsi que des chefs d’entreprise, selon un programme d’activités relativement public22. Avec ce mécanisme, Chatham House définit les orientations de la politique chinoise et de celle du Parti communiste. Parallèlement, en 1972, peu avant la modernisation menée par Deng Xiaoping, Londres avait lancé le Comité Grande-Bretagne-Chine (GBCC23) avec l’idée à peine dissimulée de faire de la Chine un acteur mondial : « Avec le temps, les Chinois deviendront une grande puissance. Nous devons espérer que, dans ce processus, ils assumeront la responsabilité qui incombe à une grande puissance vis-à-vis du reste du monde. Leur conception du temps est différente de la nôtre. Nous ne devons pas oublier l’ancien proverbe chinois selon lequel les cent premières années de chaque nouvelle dynastie sont les pires24 ».
D’autres évidences de cette architecture ont trait au déploiement du projet des « Routes de la soie » (BRI) et à la création de l’alliance BRICS. Le concept de la Nouvelle Route de la Soie, devenu opérationnel à partir de 2013, a été imaginé dans le cadre de la Commission trilatérale, puis esquissé par Zbigniew Brzezinski à l’époque même où la Chine était encouragée à devenir une grande puissance industrielle. Le duo américain, composé de Richard Nixon et Henry Kissinger, mit en œuvre une politique visant à favoriser l’émergence du modèle d’ouverture de Deng Xiaoping, par le transfert de technologies, la restructuration de son industrie et l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce. À cet égard, les hauts responsables chinois reconnaissent eux-mêmes25 que l’alliance des BRICS, officiellement lancée en 2009, était une initiative de James O’Neill, qui fut président de Chatham House entre 2018 et 2021. Sur le plan financier, depuis sa création en 2013, l’industrie mondiale et les grandes banques anglo-saxonnes ont financé le projet de la Route de la Soie à hauteur de près de 10 trillions26 de dollars, sans compter la participation des banques chinoises.
Ces différents éléments font écho aux niveaux de collaboration qui existent actuellement entre Pékin et Washington en matière de recherche et de développement technologiques. Au cours de la dernière décennie, près de 46 000 articles scientifiques27 ont été co-rédigés par Pékin et Washington sur le thème de l’intelligence artificielle, tandis que les « licornes » de la Silicon Valley coopèrent directement avec leurs homologues chinoises28. D’autres rapports indiquent que les fonds fédéraux américains consacrés à la recherche ont contribué à faire progresser les objectifs stratégiques de la Chine29, notamment en matière de technologies critiques dans les secteurs de l’armement, de l’intelligence artificielle, de l’énergie nucléaire et des semi-conducteurs. À maints égards, ces niveaux de coopération dépassent les liens de collaboration observables au sein du bloc euro-atlantique. Diverses manœuvres narratives ont permis de faire passer ces coopération au second plan, notamment celui vantant la capacité de la Chine à infiltrer ou à espionner l’appareil industriel occidental.
L’ontologie américaine
La superstructure capable de mener à bien ce projet conflictuel en Chine n’est pas étrangère à la formation des Amériques à partir du XVe siècle. L’expansion du Nouveau Monde, à partir des conquêtes hispaniques, a mobilisé ce même schéma dialectique, avec de nombreuses variantes et jusqu’à nos jours. Deux dynamiques se dégagent à long terme : la conception de la zone hispano-américaine comme un espace contrôlé par les dynasties romano-britanniques ; la formation des États-Unis en tant qu’entité subordonnée à ces mêmes dynasties afin d’être transformée en puissance continentale et mondiale.
Dans le cas de l’Amérique latine, les liens étroits entre les aristocraties espagnoles et britanniques constituent un fait essentiel et une constante tout au long de l’histoire. L’absence d’analyse de cette dimension a conduit à réduire la perception de l’expansion du Nouveau Monde à un événement purement hispanique. Elle l’a bel et bien été sur les plans militaire, démographique, religieux, culturel et infrastructurel, les acteurs hispaniques ayant été les principaux artisans de cette expansion. Mais elle ne l’a pas été en termes ontologiques et politiques, puisque la sphère hispanique était un vassal non déclaré de l’aristocratie londonienne. En réalité, l’Espagne, dont le nom provient de la région ibérique de l’empire romain appelée Hispania, a toujours été liée à l’orbite des dynasties qui ont présidé à la création de l’Empire romain, après la fondation de Britannia et de Nouvelle-Troie par Brutus en 1200 av. J.-C., devenue par la suite Londinium, puis Londres. Les expéditions vers l’Amérique ont été menées par des membres de l’Ordre du Temple (Templiers30), Christophe Colomb en tête, grâce au financement de Cosme de Médicis31 et de la branche sévillane de la famille Centurión32. Cet ordre fut fondé au XIIe siècle par les Médicis, descendants de la lignée carolingienne de Charlemagne33, premier souverain du Saint-Empire romain germanique. Le premier Empire romain avait été fondé par Romulus en 750 av. J.-C., depuis Nouvelle-Troie à Britannia, tandis que le Saint-Empire vit le jour au Xe siècle sous l’impulsion de la même dynastie romano-britannique qui fonda Britannia. En Espagne, les rois de Castille, d’Aragon, de Barcelone, de León, de Navarre et du Portugal s’inscrivent dans la lignée de Charlemagne34. En définitive, les élites européennes constituèrent un cercle ethnopolitique relativement homogène et coordonné, recourant à des stratégies dialectiques pour dissimuler cette cohésion, instrumentaliser le conflit à leur avantage et entreprendre des aventures expansionnistes.
Différentes séquences illustrent ce jeu dialectique. En 1453, la chute de Constantinople aux mains de l’Empire ottoman est mise en scène par les deux camps afin de simuler la chute de l’Empire romain byzantin35. Ce dernier disparaît officiellement, mais subsiste en tant qu’infrastructure informelle dont le centre névralgique se trouve à Londres. Sur le plan religieux, la création de la Compagnie de Jésus au sein de l’Église catholique est le fait du pape Paul III, Alessandro Farnèse, dans le but d’exploiter le conflit délibérément créé avec le protestantisme et de s’implanter dans les territoires conquis d’Amérique latine36. Le rôle des Jésuites fut central pour administrer un territoire extrêmement vaste et faciliter la « fabrique sociale » d’une Amérique indienne. Au XIXe siècle, les guerres napoléoniennes ont marqué un tournant dans le cycle de l’indépendance de l’Amérique latine, ainsi que dans son cycle de guerres civiles. Napoléon bouleversa l’équilibre militaire en Europe à un moment où les Lumières et le nationalisme atteignaient leur maturité pour se substituer aux formes impériales. La révolution libérale, propagée par des figures de proue proches de la franc-maçonnerie et de l’école de pensée libérale37, a ensuite fragmenté l’Amérique latine pour en faire un ensemble de républiques intégrées dans cet ordre. Enfin, plus près de nous, ce schéma dialectique s’est déployé après 1945 avec la diffusion sur tout le continent de la lutte révolutionnaire castro-communiste, redéfinie sous le nom de « socialisme du XXIe siècle » après 1990. La plupart des factions révolutionnaires bénéficiaient du soutien de Washington et de Londres38, tout comme les régimes socialisants qui se déclarèrent opposés à la position capitaliste et impérialiste des États-Unis. Ces polarisations conflictuelles ont permis de conduire un véritable remodelage politique et économique de l’Amérique latine, mené sur le long terme et à travers différentes séquences39 (y compris en période de démocratie), sans que cette stratégie de fond ait été perçue.
Dans le cas des États-Unis d’Amérique, leur histoire fondatrice renvoie également à des éléments similaires issus de la matrice dialectique. En amont, la création des États-Unis à partir des Treize Colonies en 1776 a été impulsée par une poignée de révolutionnaires templiers40 et de francs-maçons de la Grande Loge d’Angleterre41, dont la formation remonte à l’initiative des Templiers en 171742. Certains d’entre eux s’étaient engagés au sein de la Compagnie de Virginie lors de la colonisation antérieure, en lien direct avec les grandes compagnies de Londres43. La création de la fédération des États fut ainsi ancrée en Angleterre, en particulier au siège romano-britannique44 appelé The Crown Temple, fondé en 1185 à l’initiative des Médicis. Le Traité de Paris entérina officiellement cette dépendance en 1783, parallèlement à l’intégration du droit romain45 dans le cadre constitutionnel qui se dessina entre 1787 et 1789. Ce traité ne fut ni réformé ni abrogé jusqu’à ce jour, tandis que les épisodes successifs de guerre civile furent orchestrés comme des guerres dialectiques où chaque camp en conflit était soutenu par Londres46.
En termes ethnopolitiques, George Washington descend de la lignée du duc de Lancaster et de Guillaume Ier d’Angleterre, tandis que Thomas Jefferson et James Madison proviennent de la lignée dynastique d’Édouard III d’Angleterre, ces deux lignées faisant partie de l’élite britannique. Alexander Hamilton était membre de l’Ordre du Temple et fonda la première banque des États-Unis en 1791, affiliée à la superstructure londonienne47. Le fait est que l’Angleterre n’a cessé de financer structurellement les États-Unis entre 1776 et 191448, puis après 1945, bien au-delà de toute intention de réduire la compétition montante de Washington.
Au début du XXe siècle, les Britanniques fondèrent la Pilgrims Society dans le but de promouvoir un « condominium » anglophile entre les élites américaines et londoniennes49. D’autres cercles virent également le jour, tels que ceux de Rhodes-Milner et Skull & Bones50. Les familles Rockefeller, Schiff, Warburg, Morgan, Aldrich, Mandell House, Taft, Roosevelt, Wilson et Henry Ford intégrèrent ce réseau d’influence britannique, créant ainsi un schéma similaire à celui que nous avons décrit dans le cas de la Chine. Ces familles, aux côtés d’Edward Mandell House et de William Wiseman, alors chef du MI6 britannique aux États-Unis, coordonnèrent la déstabilisation financière qui a abouti à la création de la Réserve fédérale en 191351 (FED). Sur le plan hiérarchique, l’entité la plus importante dans les Amériques reste le Conseil des Relations Étrangères (CFR), dont la conception est issue de la Conférence de paix de Paris en 1919, sous l’impulsion du cercle créé par Cecil Rhodes et Alfred Milner, ainsi que par Edward Mandell House52 de la Société fabienne. Créé un an après Chatham House, le Conseil des Relations Étrangères est ainsi devenu l’instrument de tutelle des États-Unis et a joué un rôle central pour faire du pays une puissance continentale et mondiale53.
Ce modus operandi, combinant étroitement la création de crises et de conflits, la mise en forme du système international et l’encadrement des élites, a suivi une logique à la fois « super » et « infrastructurelle ». Il s’est développé, d’une part moyennant le contrôle des États-nations à partir d’un noyau de pouvoir ethnopolitique situé à Londres, et d’autre part par la conception de règles et de mécanismes au sein du système international en germe. À ce titre, la genèse du système international contemporain, dans lequel les États-Unis ont joué un rôle prépondérant, s’inscrit dans une longue histoire conceptuelle. Elle s’inspire en premier lieu de divers courants philosophiques monistes et matérialistes, parmi lesquels figurent Spinoza, Emmanuel Kant, Paul Carus, Alexandre Bogdanov, Hermann Cohen ou Karl Marx. Elle a surtout été alimentée à la fin du XIXe siècle par un groupe de penseurs anglo-saxons dans le cadre du projet que certains Britanniques ont appelé le « troisième empire britannique54 », à savoir la conception d’un maillage global capable de projeter les intérêts romano-britanniques dans les règles du système international55. En matière de pouvoir, ce projet a marqué le passage d’une simple domination coloniale à une architecture plus abstraite fonctionnant sur la base d’un contrôle cognitif et un réseau de mécanismes de gouvernance économique et de plans de stabilisation monétaire. De cette façon, Londres s’est discrètement positionnée au centre d’un système dans lequel les décisions allaient être codifiées dans les normes techniques et le consensus des experts. Chatham House est l’organisme au cœur de cette architecture. Il s’est appuyé sur les travaux conceptuels d’Alfred Zimmern, de Lionel Curtis56 , de Bertrand Russell et de George Bernard Shaw57. À la fin du XIXe siècle, ces auteurs ont compris que la prédominance pouvait être reformulée par le biais d’un fonctionnalisme « furtif », c’est-à-dire par le biais d’une matrice internationale régie par un cadre et des procédures communes. Les premiers fondements de ce système ont été esquissés par Leonard Woolf58, puis introduits au sein de la Société des Nations en 1919, avec la création d’un premier ensemble d’organismes internationaux à la sortie de la Première Guerre mondiale. John Maynard Keynes a complété ce cadre59 dans le domaine macroéconomique pour aboutir finalement à l’architecture moderne qui fut pactée à Bretton Woods en 194460.
Dans le cas particulier de la Chine et des Amériques, cette matrice élargie n’a pas été prise en compte par une majorité d’historiens latino-américains et de stratèges. Au moins deux facteurs expliquent cette absence de perception. Premièrement, parce qu’il s’agit d’une architecture furtive qui construit une réalité duale et efface la trace de ses manœuvres. L’invisibilité est obtenue par la mise en place d’une dualité, c’est-à-dire par la fabrication d’une réalité où coexistent deux (ou plusieurs) logiques d’enchaînement des faits. L’interprétation orthodoxe de ces faits, observable à travers une lecture matérialiste classique, s’appuie sur les frictions et les rapports de force qui existent effectivement sur le terrain, mais qui masquent un schéma orchestré et réifié. Une autre version hétérodoxe, plus en profondeur et plus discrète, organise précisément l’orchestration des acteurs et la fragmentation de l’échiquier stratégique.
Deuxièmement, parce que cette architecture œuvre constamment à façonner les perceptions et à biaiser les cadres d’interprétation à très grande échelle, englobant le domaine des ontologies et de la production de connaissances61. Tant le Conseil des Relations Étrangères que Chatham House à Londres, ainsi que de nombreuses autres organisations partenaires, produisent des corpus doctrinaux, des cadres conceptuels et des réseaux de formation à l’échelle continentale qui ancrent ces biais selon une logique d’encerclement cognitif62.
Géométrie dialectique
La Chine et les États-Unis s’inscrivent donc dans un schéma dialectique faisant partie d’une même unité stratégique poursuivie par les deux puissances. Pour la première, la mission assignée consiste aujourd’hui à accroître sa puissance et à contester le monopole du pouvoir établi par l’axe libéral depuis 1945. Pour la seconde, il s’agit de réduire relativement son rôle d’arbitre international et de préserver sa défense prosélyte des institutions démocratiques libérales. Les cas récents de l’Ukraine, du Venezuela et de la guerre en Iran en sont une illustration. À ce titre, il est utile de souligner que la Chine n’a pas été fondée à partir de 1911 pour former un pôle antagoniste effectif face au bloc capitaliste libéral. Elle n’a pas non plus été poussée à conduire une véritable bataille idéologique ou géoéconomique contre ses adversaires. Les faits montrent qu’elle agit surtout pour former une nouvelle puissance géopolitique et une plateforme industrielle capable d’égaler et de dépasser progressivement les États-Unis. À travers le système communiste, son substrat identitaire et idéologique a scellé une variante étatique-socialiste qui conduit finalement à la même structure de monopole que le modèle capitaliste libéral, quand bien existe-t-il naturellement de nombreuses nuances opérationnelles entre les deux matrices. Cela nous ramène à la genèse idéologique soulignée plus haut, à savoir à l’armature libérale et sa prétendue alternative incarnée dans le socialisme et le marxisme.
Après la période de normalisation qui emboîta le pas à la Guerre froide et la croissance géoéconomique liée à l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce en 2001, un cycle de tensions s’est cristallisé entre Pékin et Washington. Le conflit commercial lancé par le premier gouvernement de Donald Trump à partir de 2017, par l’entremise de barrières douanières, de restrictions technologiques (Huawei, semi-conducteurs) et d’autres sanctions, s’est superposé à la désignation de la Chine comme concurrent stratégique. Cette posture a donné lieu à une politique d’endiguement qui s’est poursuivie sous le gouvernement démocrate de Joe Biden, puis s’est accentuée sous l’actuel mandat républicain. Assez logiquement, la situation actuelle s’inscrit dans ce contexte de tensions croissantes, accompagnées d’une fragmentation relative et de frictions administrées entre les deux puissances.
Trois conséquences disruptives découlent de ce scénario dialectique. La première est que ce schéma invalide l’existence d’une transition de l’ordre international hors de la géométrie unipolaire et hégémonique. Cette transition post-hégémonique peut exister dans certaines strates restreintes des relations internationales. Mais elle n’existe pas sur le spectre complet du pouvoir global et au niveau de la superstructure qui régit les deux nations. L’unipolarisme qui s’est cristallisé autour de la puissance américaine durant le XXe siècle répondait à l’objectif de façonner le système international et de masquer la prédominance de la superstructure qui dominait Pékin et Washington et les impliquait dans une arène dialectique. Les deux puissances s’inscrivent donc dans cette superstructure qui tronque leur nature politique et leur souveraineté. Elles sont donc dépourvues d’autonomie géopolitique et sont instrumentalisées dans le cadre d’un ordre international fondamentalement dual. Cette dualité reste pleinement d’actualité dans la mesure où il n’y a pas eu, depuis le moment des genèses républicaines jusqu’à ce jour, de ruptures manifestes de la part des élites des États-Unis et de la Chine visant à briser ou à exposer cette dépendance tutélaire. Ce qui prend l’apparence d’une bipolarité relève en réalité d’un schéma de frictions contrôlées, qui sont effectives et peuvent même être violentes, mais qui ne remettent pas en cause l’unité programmatique sous-jacente.
L’apolarité ou la multipolarité sont également des concepts erronés qui masquent ce même schéma dialectique. Ces deux concepts apparaissent d’autant plus anachroniques quand on sait que la Russie, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, membres des BRICS, sont eux aussi des puissances soumises à cette même superstructure. Dans ce cadre, l’équilibre bipolaire consiste à générer un jeu de frictions où le niveau de confrontation est modulé en fonction des objectifs stratégiques poursuivis par la superstructure, son expression maximale étant celle d’un conflit ouvert ou des conflits indirects menés par l’intermédiaire de proxies. Une lecture rétrospective indique toutefois que le conflit ouvert ou à outrance n’est généralement pas l’objectif principal de ce type de manœuvres, qui visent plutôt à exploiter le conflit dans une perspective de reconfiguration et de prédominance.
La deuxième conséquence est que le caractère dual de cet agenda, concrétisé par l’introduction de « deux réalités » entremêlées – l’une fabriquée et apparente, l’autre véritable et furtive –, constitue le mécanisme stratégique qui permet à la fois de désorienter et d’aligner les autres acteurs autour d’une même feuille de route programmatique. En effet, l’arène superficielle créée par cette architecture rend visible à la fois un réseau d’interdépendances (Chinamérique63) et une concurrence croissante entre les deux puissances. Nous avons souligné qu’il existe effectivement certains éléments de compétition, mis en évidence depuis les années 2010 par une attitude rhétoriquement plus contestataire de la part de la Chine. La dissimulation de l’agenda en profondeur permet alors aux autres acteurs de s’enfermer dans une fausse dichotomie perceptive. Cette dernière engendre non seulement un biais perceptif, mais aussi l’impossibilité d’interpréter conceptuellement le jeu stratégique dans toute sa profondeur ainsi que la nature des acteurs en conflit, laissant les élites nationales dans une désorientation intrinsèque. En Amérique latine, cela se traduit aujourd’hui par le fait que les principales approches concernant l’insertion internationale et le duopole sino-américain s’articulent autour de trois grandes modalités d’insertion : l’américanisme libéral, l’opportunisme multipolaire et pragmatique, et le régionalisme autonome et non aligné. Chacun de ces trois imaginaires s’inscrit dans le schéma dialectique décrit. Le troisième, en principe, pourrait être synonyme d’un degré moindre de dépendance. Mais il tend à négliger l’infrastructure de domination codifiée dans les règles du système international après 1945, et surtout la dépendance cognitive profondément ancrée au sein des pays latinoaméricains, laquelle permet d’aligner les comportements sur la superstructure tutélaire.
Enfin, la troisième conséquence concerne la reformulation de la grammaire « westphalienne ». Le cadre conceptuel des relations internationales aborde l’espace transnational comme un flux dynamique d’intérêts poursuivis par des entités stratégiques qui rivalisent entre elles, coopèrent et s’affrontent. Le niveau superstructurel que nous avons mentionné remet en cause une partie de cette logique et lui confère un nouveau sens. Cela vaut également pour les domaines politique et économique, dans la mesure où tout modèle organisationnel peut être conçu de façon duale, dans l’optique de dissimuler une partie de son fonctionnement. En d’autres termes, Washington et Pékin ne mènent pas des politiques d’accroissement de puissance ou de projection de pouvoir enracinées dans leur référentiel identitaire et national. Leur action combine une logique visible et une logique cachée qui altère en permanence la transparence de l’échiquier stratégique. Ainsi, la Chine et les États-Unis, à l’instar d’autres États, déploient leurs projections en répondant essentiellement aux intérêts de la superstructure londonienne. Ce mécanisme implique un élargissement considérable du spectre ontologique et conceptuel des relations internationales. Un décalage conceptuel considérable s’est creusé dans les milieux universitaires ou gouvernementaux dans la mesure où cet élargissement est aujourd’hui inexistant.
Convergence unipolaire
La transition des rapports de force observable sur la scène mondiale depuis environ quatre décennies renvoie donc à un dessein dialectique orchestré par l’entité romano-britannique. Quel peut être le but du changement de géométrie en cours ? Quels peuvent être les objectifs ultimes ou intermédiaires de ce schéma dialectique et son orientation sous-jacente ? S’il n’est pas aisé de répondre à ces questions du fait de certains éléments prospectifs et spéculatifs, certains éléments peuvent néanmoins être analysés à la lumière de l’histoire à long terme et de l’actualité.
Tout d’abord, plusieurs éléments témoignent d’une convergence programmatique dans l’agenda de chaque bloc géopolitique. D’une part, les États qui ont adopté le capitalisme social au cours du siècle dernier ont maintenu un certain niveau de contrôle étatique et d’adhésion aux accords internationaux sur le climat et le développement (Agenda 2030, Objectifs de développement durable). Dans les faits, la Chine, la Russie, l’Iran, la Corée du Nord, ainsi que l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et d’autres pays occidentaux, promeuvent une vision de la gouvernance compatible avec le cadre de référence établi par les institutions de Bretton Woods. Cette vision repose sur l’idée d’une gestion conjointe de la planète, considérée comme étant en état de crise écologique et ayant un besoin plus urgent que jamais d’un ordre réglementaire. D’autre part, le concept de protection du « bien commun », présent dans la vision chinoise avec l’idée d’une « communauté mondiale de destin partagé » et dans la vision occidentale avec la notion de « monde durable », renforce la légitimité d’un ordre mondial cogéré64. Dans ce cadre, les crises sont abordées par les deux camps comme un moyen privilégié – et inavoué – d’imposer des règles par le haut à la société65, ce qui nous renvoie directement à la grammaire dialectique évoquée plus haut. La restructuration nécessaire pour progresser vers cet ordre partagé fait appel tant au conflit qu’à des modes de gouvernance et de développement qui impliquent une avancée qualitative en matière de contrôle et d’intégration entre les politiques sectorielles.
En second lieu, la coopération dialectique entre Pékin et Washington fait transiter la Pax americana vers une Pax sino-angloamericana, sur fond de la convergence évoquée. Ce condominium sino-américain existait en réalité bien avant, puisque les deux puissances œuvraient à un agenda commun dès le premier quart du XXe siècle. Mais l’évolution actuelle de l’échiquier mondial et du poids géopolitique de la Chine formatte un nouvel équilibre. La Chine s’affirme comme un concurrent contestataire de l’ordre libéral, capable de nouer des alliances avec l’ensemble du spectre politique de la région latino-américaine. À partir des années 1970, elle a endossé le rôle de nouvelle plateforme industrielle mondiale dans le but de constituer un pôle pseudo-antagoniste à Londres et à Washington afin de mener, depuis les années 2000, d’importantes initiatives à l’échelle mondiale telles que l’Organisation de coopération de Shanghai (1996), la Route de la Soie (2013), l’Initiative mondiale pour la sécurité (2022) et le Partenariat économique régional global (2023). Dans le camp « rival », les États-Unis établirent une Pax americana hémisphérique au moment de la guerre hispano-américaine de 1898 et la doctrine de James Monroe66. Avec l’essor de la Chine, Washington a montré des signes de « distraction » stratégique67 et d’accélération de son propre déclin68. Le fiasco politico-militaire qui suivit l’aventure militaire de 2003 au Moyen-Orient a consolidé cette tendance69. Il est même possible d’identifier une réduction délibérée de l’influence de la puissance américaine en Amérique latine au profit de la Chine. Washington a en effet discrètement favorisé l’expansion de la Chine dans la région, comme en témoignent trois cas particulièrement révélateurs au Panama70, au Brésil71 et en Argentine72. Ce jeu de vases communicants entre les deux puissances a fini par sculpté l’image d’une transition vers un équilibre sino-américain, sur fond d’un pseudo-reflet suprémaciste de Washington durant les derniers gouvernements républicains.
Le fait que Pékin et Washington relèvent de la même superstructure ethnopolitique indique que cet équilibre renvoie avant tout à une modulation géopolitique entre les deux puissances. La Chine a renforcé sa présence en Amérique latine grâce à sa politique d’expansion et à une collaboration directe avec les États-Unis, agrémentée d’un recul délibéré de la prédominance nord-américaine. La réorganisation actuelle du système monétaire, marquée par la dédollarisation, la chute du pétrodollar et la crise financière en cours, s’inscrit dans ce rééquilibrage en faveur de l’Asie. L’influence de Pékin n’atteint pas encore celle de Washington, mais elle marque clairement un avant et un après en matière de poids financier, commercial et, par conséquent, politique73. Le contexte hémisphérique qui se dessine est donc celui d’un condominium sino-anglo-américain qui ouvre la voie à un horizon de prédation et de convergence programmatique.
La réalité interne des pays d’Amérique latine reflète ce schéma stratégique. Le Brésil, dont les élites restent profondément influencées par Washington74, s’est polarisé politiquement entre des secteurs qui établissent une dichotomie rhétorique entre la Chine et Washington, mais qui tissent des liens concrets avec ces deux puissances. En Argentine, le gouvernement de tendance libérale qui a pris le pouvoir en 2023 n’a pas constitué une véritable alternative au modèle socialiste du pays et travaille en collaboration avec la Chine et les États-Unis75, contrairement à ce que laisse entendre un discours polarisant. Le Mexique76, le Nicaragua77, le Pérou, la Bolivie, le Venezuela ou encore le Chili présentent également des scénarios polarisés similaires78 et se voient poussés, en raison des opportunités économiques ou de la passivité active de Washington, à participer à l’agenda chinois79, tout en continuant à dépendre de Washington. Les positions de non-alignement vis-à-vis du condominium sino-anglo-américain existent sur le plan rhétorique. Mais les niveaux de contradiction indiquent pour l’instant qu’elles s’intègrent pleinement dans le schéma dialectique que nous décrivons.
Conclusion
De nombreux éléments indiquent qu’une nouvelle étape historique s’est installée dans la région latino-américaine. La réduction du poids géopolitique de celle-ci dans un contexte mondial davantage centré sur l’Asie, en synergie avec le retrait relatif des États-Unis et l’expansion de la Chine, a modifié le paysage continental. Le panorama qui se dessine n’est pas celui d’une arène multipolaire capable d’offrir proportionnellement de nouvelles opportunités de croissance à la région ibéro-américaine. La phase actuelle est synonyme d’une étape unipolaire en voie d’accélération, avançant sous le voile cognitif d’une bipolarité. Cette phase unipolaire est offensive dans la mesure où elle œuvre doublement à introduire des déstabilisations sur l’échiquier régional et mondial et à approfondir une matrice de prédation et de contrôle.
Au fond, ce panorama n’est aussi nouveau au regard des dynamiques historiques de long terme. L’analyse approfondie que nous avons menée souligne une continuité historique dans l’architecture du pouvoir qui constitue un phénomène véritablement inédit sur le plan stratégique. Mais de nouveaux éléments sont bel et bien nouveaux dans la partie supérieure de l’échiquier géostratégique, montrant clairement un rééquilibrage des rôles entre la Chine et les États-Unis.
L’un des enjeux majeurs et tragiques reste l’absence de perception de cette géométrie. C’est précisément là que réside l’un des aspects fondamentaux de cet art stratégique. Le dessein géopolitique de construction de la Chine et de l’arc occidental comme deux blocs alliés et faussement rivaux n’est pas perçu. La formation du Nouveau Monde fut essentiellement le fruit de cet art stratégique scellé par le noyau de pouvoir romano-britannique. Il en fut de même plus tard en Chine, lors de sa modernisation républicaine en 191180, qui fut mise au service de la construction d’une nouvelle plateforme industrielle au détriment de l’industrialisation d’autres pays développés (l’Europe) ou en voie de développement. Hier comme aujourd’hui, l’intelligence stratégique élaborée dans de nombreux cercles gouvernementaux et universitaires laisse pour ainsi dire cette architecture « orpheline » en matière de ressources conceptuelles et explicatives. Cette trame, qui s’appuie en permanence sur un cloisonnement artificiel entre l’image déformée de l’échiquier mondial et l’agenda effectif des grandes puissances, reste en pratique un « objet non identifié ». Un tel cloisonnement fragmente l’intelligibilité du réel, empêchant in fine de discerner la nature profonde du jeu stratégique. En conséquence, la plupart des acteurs qui évoluent dans le domaine des relations internationales, bien qu’ils comprennent certaines dimensions du combat cognitif, ne parviennent pas à discerner cette architecture et interprètent les frictions visibles comme s’il s’agissait d’une expression fidèle de la réalité géopolitique. Cette désorientation les écarte de la véritable lutte stratégique et perpétue en outre le cloisonnement mental conçu par les architectes du dispositif.
Références bibliographiques
- 1. Kalimtgis, K., Goldman, D., Steinberg, J. (1978). Dope Inc. Britain’s Opium War against the US. The New Benjamin Franklin House Company.
- 2. Beeching, J. (1977). The Chinese Opium Wars. Harcourt Brace Jovanovich.
- 3. Wells, A. (2001). The Political Thought of Sun Yat-sen. Palgrave MacMillan.
- 4. Vrhovski, J. (2021). Mr. Luosu and “China’s Road to Freedom”: A General Introduction to Russell’s Visit to China (1920-1921). In J. Vrhovski, & J. Rosker (Eds.), Bertrand Russell’s Visit to China: Selected Texts on the Centenary of Intercultural Dialogues in Logic and Epistemology (pp. 21-58). University of Ljubljana Press.
- 5. Paisley, John. 2020. Bertrand Russell and China During and After His Visit in 1920. Master’s thesis, Harvard Extension School
- 6. Feigon, L. (1983). Chen Duxiu. Founder of the Chinese Communist Party. Princeton University Press.
- 7. Fortin, C., Heine, J., Ominami, C. (2021). El no alineamiento activo y América Latina: una doctrina para el nuevo siglo. Catalonia.
- 8. Roberts, P. (2017). Bringing the Chinese Back In: The Role of Quasi-Private Institutions in Britain and the United States. In P. Roberts, O.A. Westad (eds.), China, Hong Kong, and the Long 1970s: Global Perspectives, Cambridge Imperial and Post-Colonial Studies Series.
- 9. Soulard, F. (2026). Combatir en el Nuevo Mundo. Dunken.
- 10. US House Select Committee on the Chinese Communist Party (2024). CCP China on the Quad. How American taxpayers and Universities fund the CCP’s advanced military and Technological Research. https://chinaselectcommittee.house.gov/media/reports/ccp-on-the-quad-how-american-taxpayers-and-universities-fund-the-ccp-s-advanced-military-and-technological-research
- 11. Shambaugh, D. (2002). China’s International Relations Think Tanks: Evolving Structure and Process. The China Quarterly.
- 12. Sutton, A. (1995). Trilaterals over America. CPA Books Inc.
- 13. Mao Zedong, Skull & Bones, and the Russell family. https://goldennuggiez.substack.com/p/mao-zedong-skull-and-bones-and-the
- 14. Escape Key. Systems of Deception https://escapekey.substack.com/p/systems-of-deception
- Amin, S. (2006). Beyond US Hegemony? Assessing the Prospects for a Multipolar World. World Book Publishing.
- Stuenkel, O.D.C (2023). Latin America in The Post-Western World. In: Fortin C, Heine J, Ominami C, eds. Latin American Foreign Policies in the New World Order: The Active Non-Alignment Option. Anthem Press; 2023:123-132.
- Cattafi, C., Papp, R. (2025). Can Latin America play a more influential role in a shifting world order? In : Front. Polit. Sci. 6:1527715. doi:10.3389/fpos.2024.1527715
- Fortin, C., Heine, J., Ominami, C. (2021). El no alineamiento activo y América Latina: una doctrina para el nuevo siglo. Catalonia.
- Riggirozzi, P., Tussie, D. (2012). The rise of post-hegemonic regionalism : the case of Latin America. Springer.
- Hirst, M., Russell, R., Sanjuan, A.M., Tokatlian, J.G. (2024). América Latina y el Sur Global en tiempos sin hegemonías. In : Barragán, M., Sribman, A., Geopolítica desde América Latina: cambio de ciclo y multipolaridad. Revista CIDOB d’Afers Internacionals, n.º 136, 2024.
- Soulard, F. (2026). Combatir en el Nuevo Mundo. Dunken.
- Stuenkel, O.D.C (2023). Ibid.
- Kiryakova, E., Jackson, K., Nadin, R. (2026). China’s economic footprint in Latin America and the Caribbean. Research report. ODI. https://odi.org/en/publications/chinas-economic-footprint-in-lac
- Kalimtgis, K., Goldman, D., Steinberg, J. (1978). Dope Inc. Britain’s Opium War against the US. The New Benjamin Franklin House Company.
- La politique étatique en matière de commerce des drogues a été saluée par Adam Smith, David Ricardo, Thomas Malthus, James Mill et John Stuart Mill.
- https://en.wikipedia.org/wiki/Patrick_Manson
- Feigon, L. (1983). Chen Duxiu. Founder of the Chinese Communist Party. Princeton University Press.
- 120th Anniversary of Yale-China: Mao Zedong and Yale-China. https://chinahandsmagazine.org/2021/03/26/120th-anniversary-of-yale-china-mao-zedong-and-yale-china
- Des Chinois récompensés par l’establishment britannique : https://overseaschineseinthebritishempire.blogspot.com/2019/01/british-honours-chinese-recipients-1876.html?m=1
- https://www.cpifa.org
- https://www.caifc.org.cn
- https://www.siis.org.cn
- http://www.cass.cn
- https://www.chathamhouse.org
- https://www.cfr.org
- Par exemple https://www.cbbc.org/news-insights/cbbcs-chair-visit-may-2024-summary
- King’s College London (2015). Remettre en question les perceptions britanniques de la Chine. Les 50 ans de la SACU. Rapport du colloque organisé à l’occasion du 50e anniversaire de la Society for Anglo-Chinese Understanding. Disponible sur https://sacu.org/wp-content/uploads/2017/10/SACU-50th-Anniversary-Report.pdf
- Trevelyan, H. (1971). Worlds Apart. Chine 1953-1955. Union soviétique 1962-1965. Macmillan.






